Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020 en 2022, la filière se prépare aux implications concrètes des exigences réglementaire dégressives sur les sujets de l’énergie et du carbone. Cet intérêt apparaît dans les réponses du baromètre Vizcab 2025, où on observe une part non négligeable d’acteurs s’intéressant aux nouveaux usages concernés par la RE2020 en 2026 bien avant leur entrée en vigueur.
*Baromètre Vizcab 2025 - Part des répondants français intéressés par les nouveaux usages en 2024 et en 2025
L’anticipation des seuils des années futures est aussi un sujet très présent comme le montre le graphique suivant. L’objectif d’un seuil futur est d’ailleurs souvent mis en avant comme gage de performance environnementale pour les nouveaux bâtiments.
*Baromètre Vizcab 2025 - Part des répondants français en réponse à la question : Quels seuils avez-vous déjà atteints et/ou anticipé ?
On note toutefois que la part de répondants se projetant jusqu’aux seuils 2031 n'augmente que lentement (+3 %). Ce manque d'élan s’explique par le manque de maturité actuel de la base de données environnementales INIES pour répondre avec pertinence à cet enjeu. Cependant, la fin de l’étape transitoire en 2026 — qui a vu la cohabitation entre les normes EN15804+A1 et EN15804+A2 — devrait dynamiser la création de nouvelles données par les fabricants et ainsi permettre une meilleure anticipation des conditions futures.
L’anticipation des réglementations s’inscrit également dans une vision plus globale de pilotage de la trajectoire carbone des entreprises. Ce mouvement est soutenu par deux piliers :
Étant donné l’aspect chronophage des Analyses de Cycle de Vie (ACV) et le planning souvent serré des projets de construction, l'ajout du paramètre carbone aux projets soulève des questions importantes d’organisation et de responsabilités.
Le caractère dégressifs des seuils réglementaires invite d’autant plus la filière à se réinventer et à concevoir autrement.
*Baromètre Vizcab 2025 - D’après l’ensemble des répondants.
Face aux choix de données environnementales nécessaire à la réalisation des études, certains BET peuvent par exemple se retrouver dans une position de prescription nouvelle. Les architectes doivent intégrer la dimension environnementales pour respecter les enjeux carbone en conception. Il est aussi essentiel pour les économistes de se saisir du sujet car ils réalisent déjà des inventaires détaillés, utiles à la réalisation d’ACV. Les fabricants sont aussi un rouage essentiel de la transition car porteurs des innovations pour fournir des produit décarbonés.
Finalement, les seuils dégressifs de la RE2020 sont les paliers concrets d’une transition pour toute une filière, qui doit progressivement adapter ses pratiques et ses métiers pour assurer la pérennité de demain.
L’anticipation des exigences de la RE2020 est donc un sujet central pour vivre cette transition intelligemment et en douceur. Afin de la maîtriser pleinement, il est nécessaire de s’approprier ces exigences et de bien comprendre les enjeux de chaque palier, en fonction des typologies de bâtiments.
Tout d’abord, pour apprécier correctement les exigences réglementaires de la RE2020, il faut comprendre la méthode qui a permis de les fixer.
Pour définir des plafonds carbone pertinents, plusieurs méthodologies existent :
Ces méthodes présentent chacune leurs avantages et inconvénients qui doivent être considérés en fonction de l’objectif recherché par la mise en place de ces exigences.
| Méthode | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Top-Down (Budget carbone) |
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| Bottom-up (Bâtiment de référence) |
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| Statistique |
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| Coût global optimal |
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En France, la RE2020 utilise la méthode Bottom-Up décrite plus haut pour fixer ses exigences. Néanmoins, elle les définit par palier pour rejoindre par étape les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), qui eux sont fixés de manière Top-Down (par budget carbone). La RE2020 empreinte donc une route hybride dans l’établissement de ses exigences.
La méthodologie pour définir les seuils de la RE2020 selon les usages est décrite dans une note de cadrage. Elle se découpe en 4 phases.
L'analyse croisée des résultats de la phase 4 pour chaque usage de bâtiment (performances environnementales atteintes vs impact économique) permet au groupe de travail d'arrêter précisément les valeurs des futurs seuils réglementaires de la RE2020 ainsi que les formules de modulation (selon la zone géographique, la surface, les contraintes de bruit, etc.) pour l'ensemble des usages étudiés.
Le panel des bâtiments modélisés ainsi que tous les résultats et analyses sont accessibles publiquement. Les variantes portent sur les spécificités géographiques comme le climat et l’altitude, sur les surfaces moyennes ou totales, les sous-sol et les infrastructures, l’exposition au bruit extérieur et le raccordement aux réseaux de chaleur urbain. La prise en compte de ces différents paramètres influe sur l’exigence finale d’un bâtiment via des modulations.
| Nouveaux usages couvert par la RE2020 en 2026 | Nombre de bâtiments de base | Nombre de variante |
|---|---|---|
| Hotels | 6 | 47 |
| Restaurants | 5 | 24 |
| Commerces | 4 | 23 |
| Etablissements d’accueil de la petite enfance | 3 | 37 |
| Universités et Enseignements atypique | 5 | 41 |
| Etablissements de santé et EHPAD | 5 | 72 |
| Gymnases et vestiaires | 4 | 24 |
| Industries et artisanat | 3 | 39 |
| Médiathèque et bibliothèque | 3 | 30 |
| Aérogares | 1 | 37 |
En RE2020, plusieurs indicateurs réglementaires sont exprimés par unité de surface de référence (surface habitable pour les logements, surface utile pour les autres usages). Cette expression unitaire permet une meilleure comparabilité des bâtiments entre eux et une meilleure prise en main des ordres de grandeur d’impact. En revanche, elle peut artificiellement avantager les très grands bâtiments et le surdimensionnement, car plus la surface est grande, plus les impacts “fixes” comme les fondations, les parois et les systèmes énergétiques sont réduit par unité de surface.
La réglementation encourage une transition contrôlée vers des pratiques moins carbonées.
L’écart entre le premier seuil à respecter par usage (en 2022 ou 2025 selon les cas) et le dernier (2031) est de 33% en moyenne, hors immeubles de grande hauteur. Pour ces derniers, le seuil se durcit de 23.6% entre 2022 et 2031 pour les usages d’habitation, les bureaux et l’enseignement primaire et secondaire. Pour les autres, le seuil se durcit de 9.8% seulement.
Ces paliers ne sont pas appliqués tels quels, ils sont modulés en fonction des données propres du projet.
La modulation Migeo augmente le seuil de 20 (hotels), 30 (maisons individuelles, logements collectifs, médiathèques et bibliothèques, universités), 50 (Bureaux) ou 0 (autres usages) kg eq. CO2/m² pour les bâtiments en basse altitude (<400m) et en zone climatique chaude (H2d ou H3) afin de considérer les contraintes de refroidissement et de confort d’été plus fortes de ces zones.
Cette modulation donne entre 2.4 et 8.3% de marge supplémentaire sur les seuils en fonction des usages concernés et des années.
Sur l’observatoire Vizcab, les bâtiments hors zone H2d et H3 ont une moyenne de 693 kg eq. CO2/m² pour Ic construction, tout usage confondu. Les bâtiments en zone H2d et H3 ont une moyenne de 705 kg eq. CO2/m², soit un écart d’environ 2%. La modulation introduite semble largement suffisante pour couvrir les écarts géographiques.
Pour ne pas pénaliser les petites surfaces sur certains usages, des modulations de surface sont proposées pour certains usages. Les usages d’habitation bénéficient à la fois de modulation sur la surface moyenne des logements et sur la surface totale du bâtiment. Cela permet de continuer à optimiser la densité sans mettre en péril la conformité réglementaire. Les immeubles de grande hauteur bénéficient de leur propre modulation Misurf_tot. Les graphiques qui suivent montre l’impact de ces modulations aovec l’exemple du seuil de base 2025.
La taille optimale des logements collectifs selon la RE2020 est 1500 m², pour des valeurs inférieures ou supérieures, le seuil est plus restrictif. La surface de bascule pour laquelle Misurf_tot diminue le seuil de base plutôt qu’il ne l’augmente est environ 400 m² pour les bureaux, 4000 m² pour l’enseignement primaire ou secondaire, 500 m² pour l’industrie et 2000 m² pour les établissements sportifs.
La modulation Mided est introduite par la RE2020 pour que les exigences demandées tiennent compte de l’état des données environnementales disponibles pour réaliser les études. Elle dépend de la date de dépôt de PC car elle symbolise l'évolution de la base INIES dans le temps :
Le graphique ci-dessous illustre les cas limites de l’impact de cette modulation sur les seuils de base. Ce sont les modulations Mided par année charnière et par usage en considérant que l’entièreté de l’impact provient de données par défaut.
En tenant compte du cas limite de cette modulation, l’écart moyen entre les premiers seuils et les derniers n’est plus de 33% mais de 52% pour les usages ayant déjà un seuil depuis 2022 et 37% pour les autres. La modélisation du bâtiment elle-même a un impact non négligeable sur la conformité des études, et doit être anticipée par des études amont et de la prescription réfléchie.
Plusieurs modulations prennent effet au premier juillet 2026 suite au décret modificatif découlant du rapport Rivaton, qui évalue la faisabilité de la trajectoire proposée par la RE2020 et propose des ajustements. Des éléments sont ressortis notamment autour des immeubles de grande hauteur dont les seuils ont été rendus plus permissifs.
Trois modulations ont été ajoutées à Ic construction max pour éviter que la RE2020 ne pousse à construire des bâtiments qui ne respecteraient pas certaines règles de confort d’utilisation.
Le graphique ci-dessous illustre les modulations maximales qui peuvent être accordées selon la typologie de projet.
Ces modulations augmentent les seuils de 6.3 à 11.6% pour les usages d’habitation selon les années, et en moyenne 3.3% pour les autres usages (distribution entre 2.2 et 4.6%).
La RE2020 déploie aussi trois modulations directement dépendantes des résultats de l’ACV pour trois lots réglementaires. Elles permettent de caper les impacts de ces trois lots. Autrement dit, l'excédent de carbone généré par ces lots au-delà d’une valeur pivot est absorbé par une augmentation équivalente du seuil maximal autorisé. Les raisons sont les suivantes :
En plus de ces modulations, certains lots techniques (certains sous-lot du lot 8 CVC, lot 10 CFO, lot 11 CFA) sont proposés de manière forfaitaire. Il est possible de les détailler mais la maturité actuelle de la base INIES incite plutôt à utiliser les valeurs forfaitaires pour le moment.
Si on considère les budgets alloués à ces lots, on peut en déduire les budgets restants pour les autres lots de la RE2020, illustrés en valeurs de gris sur le graphique ci-dessous.
La part disponible pour les autres lots est particulièrement faible pour certains usages comme pour les restaurants et les commerces où elle ne représente plus que 20% de l’impact total autorisé pour le bâtiment en 2031, alors même que ce sont des bâtiments avec des systèmes techniques lourd et souvent beaucoup de vitrage. On remarque aussi 16% seulement pour les maisons individuelles, où le détail du lot 8.1 et le choix de système énergétiques décarbonés sont donc primordial. Elle est la plus importante pour les logements collectifs, avec 60% de l’impact total.
Comparons maintenant ces restes aux valeurs de l’observatoire Vizcab sur les usages les plus représentés. En particulier sont regardés ici :
Pour les maisons individuelles, la médiane des projets de la base est largement supérieure au reste disponible, car en réalité certains lots capés sont optimisés et des lots techniques détaillées, laissant plus de marge au autres lots. Pour les trois autres usages, la médiane est similaire au reste disponible pour les projets entre 2025 et 2027 inclus. Il est clair que les projets doivent faire des efforts conséquents pour les seuils d’après en 2028 et en 2031, qui passent forcément par des enjeux de conception sobre et de choix de matériaux. La médiane des projets bois de l’observatoire est d’ailleurs proche du reste 2031 pour les Logements collectifs et proche du reste 2028 pour les bureaux et l’enseignement. À l’inverse, un scénario classique tout béton semble inadapté à ses prochaines échéances. Il y a un écart de 25 à 41% entre les médianes voiles béton et bois en fonction des usages.
Ces observations doivent être abordées en regard de ces compléments :
D’autres indicateurs de la RE2020 sont soumis à des seuils dégressifs :
La même démarche d'analyse que pour l'indicateur Ic construction pourrait être appliquée à l'ensemble de ces critères afin d'anticiper au mieux les exigences de la RE2020. D’autant plus qu’optimiser la performance énergétique peut dégrader le bilan carbone, d’où l’importance de croiser les analyses et repérer les incompatibilités. L’ajout d’isolant en est un exemple concret : indispensable pour réduire la consommation d'énergie, il augmente l'impact carbone du bâtiment en raison des matériaux ajoutés.
Cet article ne va pas jusqu’à ce détail mais donne les clés pour appréhender les exigences de la RE2020, avec l’exemple de l’analyse de Ic construction max. La suite résume les conclusions du secteur sur les points d’attention de l’évolution de la RE2020.
Finalement, quel est l’impact concret des seuils dégressifs sur les projets de construction et la transformation du secteur ?
Lors des consultations publiques, plusieurs inquiétudes ont été remontées par des acteurs du secteur. Certaines ont déjà été mitigées avec des corrections de modulations. Voici un résumé non exhaustif des retours de la filière.
| Critique | Pourquoi c’est un problème ? | Prise en compte |
|---|---|---|
| La pénalisation des petits logements et des extensions Les petites surfaces (studios, petites extensions) ont été les premières victimes des seuils carbone à cause du ratio "linéaire de façade / m² habitable" défavorable. |
Avoir un indicateur carbone par unité de surface peut encourager à construire plus grand pour obtenir un meilleur impact par m², alors que ce n’est pas juste d’un point de vue purement environnemental | ✅ Un document d’accompagnement spécifique pour les petites surface et les extension est mis à disposition sur le site de la DHUP. Des modulations de surface tentent de compenser l’effet qui est reproché à l’expression des indicateurs /m². |
| Le sacrifice de la qualité architecturale (balcons, terrasses, hauteur sous plafond) Les balcons, loggias ou les grandes hauteurs sous plafond (HSP) ajoutent de la matière et donc du carbone, qui n’est pas compté dans la surface de référence par laquelle sont exprimés les seuils, ce qui pousse ces projets vers le hors-jeu réglementaire. |
Le respect de la réglementation peut se faire au dépend de la qualité d’usage et le confort des bâtiment. | ✅ Des modulations ont été incluses à ce sujet pour l’usage logement collectif dans le décret modificatif Rivaton I prenant effet le 01/07/2026 |
| L'injustice climatique Sud vs Nord Les constructeurs du Sud de la France ont fortement protesté contre des exigences jugées inadaptées à leur conditions géographiques. |
L'exigence de confort d'été combinée à des exigences d'isolation thermique calquées sur des modèles standards créent des surcoûts aberrants dans les régions méditerranéennes. | ✅ Les modulations géographiques pour les zones H2d et H3 ont été révisées dans le décret modificatif prenant effet le 01/01/2025 |
| Incohérence réglementaire : Il est regretté qu'il n'y ait pas la même « philosophie » entre le Décret Tertiaire (axé sur les économies réelles) et la RE2020 (axée sur le conventionnel), ce qui complique la tâche des exploitants. | Alourdi les démarches pour un secteur déjà en tension. | ❌ Non résolu |
| Inadaptation du scénario unique : les Bibliothèques Universitaires (BU) ont le même type de scénarios d’occupation que les petites médiathèques de quartier par exemple. Plus largement, certains usages comme les universités peuvent avoir des locaux très différents. | Risque de dimensionner en fonction de rythmes et scénarios d'occupation qui ne correspondent pas assez à la réalité. | ❌ Non résolu |
| L'impasse des Immeubles de Grande Hauteur (IGH). Pour la structure des tours ou des grands collectifs, le bois ou le biosourcé trouve vite ses limites techniques, notamment face aux réglementations de sécurité incendie. |
Atteindre les seuils carbone sur ce type d'actif est complexe. À noter, d’autres acteurs regrettent qu’on donne des passe droit pour ces constructions très carbonées en valeur absolue. |
✅ Une modulation a été incluse à ce sujet pour tous les usages dans le décret modificatif Rivaton I prenant effet le 01/07/2026 |
| Critique | Pourquoi c’est un problème ? | Prise en compte |
|---|---|---|
| La disparition brutale du gaz : L'abaissement drastique du seuil d'émissions opérationnelles a banni le gaz seul des maisons individuelles puis des logements collectifs. | Les acteurs dénoncent un arbitrage dogmatique au profit du vecteur électrique. | ❌ Non prévue Volonté de se passer rapidement des énergies fossiles et de faire évoluer les pratiques. |
| L'effet Joule déguisé : Bien que la RE2020 favorise les Pompes à Chaleur (PAC), certains ingénieurs soulignent que les coefficients de conversion retenus finissent par réhabiliter indirectement les radiateurs électriques "grille-pain" dans les petits logements très isolés. | Cela pose des questions de tension sur le réseau électrique en hiver et pousse des systèmes peu performant. | ❌ Non résolu |
| L'exclusion des brasseurs d'air (ventilateurs de plafond) : le moteur de calcul de la RE2020 rend inopérants les brasseurs d'air dès qu'un bâtiment est climatisé ou chauffé. | Ces systèmes permettent des économies d'énergie importantes (jusqu'à 30 % en chauffage grâce à la déstratification) et sont indispensables pour lutter contre le réchauffement climatique. | ❌ Non résolu |
| Réduction des surfaces vitrées : certains jugent dommage de réduire les surfaces vitrées pour améliorer le Bbio (besoin bioclimatique). | Risque d’aller à l'encontre de l'hygiène, du renouvellement de l'air et augmente la consommation de l'éclairage artificiel. | ❌ Non prévue |
| Périmètre du froid process : le froid commercial (chambres froides, meubles frigorifiques) est exclu du périmètre RE2020. | Ce "froid process" a pourtant un impact thermique direct (chaleur rejetée ou récupérée) sur le chauffage et la climatisation globale du bâtiment. | ❌ Non résolu |
| Critique | Pourquoi c’est un problème ? | Prise en compte |
|---|---|---|
| Des données par défaut trop désavantageuses : La base INIES est encore jugée pas assez mature, elle manque de données fabricants dans plusieurs catégories de produit. | Les bureaux d'études alertent qu’ils peuvent passer plus de temps à "chasser la donnée" et à optimiser des fichiers Excel qu'à faire de l'éco-conception réelle. | ❌ Non résolu Très dépendant des fabricants. |
| Seuils jugés trop bas pour les commerces : ils intègrent de lourds équipements techniques et d'importantes surfaces vitrées. | La base de données INIES manque de fiches (FDES/PEP) spécifiques, ce qui oblige à utiliser des Données Environnementales par Défaut (DED) très pénalisantes. | ❌ Non résolu |
| Pénalisation des solutions thermodynamiques : les données pour les fluides frigorigènes ne reflètent pas tout à fait la réalité. | Pénalisation des PAC. | ❌ Non résolu |
| Un favoritisme politique pour le bois. L’ACV dynamique donne plus de poids aux émissions évitées aujourd'hui qu'à celles évitées dans 50 ans, ce qui avantage globalement le biosourcé. |
Les filières du béton et de l'acier ont dénoncé un arbitrage politique visant à imposer la construction bois au détriment des autres industries, sans que la filière bois française ne soit encore structurée pour absorber une telle demande. |
❌ Non prévue |
systèmes constructifs et énergétiques qui passeront plus, sobriété, compacité imposées indirectement, etc.
Les premiers paliers de la RE2020 restaient proches de la réalité du secteur pour l’habituer à prendre en compte les nouveaux paramètres environnementaux dans les projets. Ces premières années ont surtout servie d’observation et ont permis d’ajuster la réglementation.
On notera un premier impact sur la conception, les maisons individuelles pouvant difficilement continuer d’utiliser un système de chauffage 100 % gaz.
L’usage de données par défaut est encore largement toléré pour laisser le temps aux fabricants d’enrichir à la base de données environnementales INIES avec des données plus précises et représentatives des options du marché.
Avec le durcissement des seuils en 2025, certains systèmes énergétiques et constructifs se retrouvent exclus des nouveaux projets de construction. Le changement des pratiques est en mouvement :
Système énergétiques :Les solutions constructives couramment utilisées doivent évoluer pour prendre en compte le défi du bas carbone.
Système énergétiques :Les seuils 2031 poussent plus loin la transition du secteur.
Système énergétiques :Le virage le plus profond imposé par la RE2020 est avant tout culturel : c'est le passage de la technologie de compensation à la sobriété à la source, on ne conçoit que le strict nécessaire.
Ainsi, la réglementation pousse les acteurs à la sobriété architecturale d’abord : construire plus compact et des surfaces optimisées en fonction des usages. Puis elle pousse à la sobriété constructive : des dimensionnements justes et une mixité de matériaux réfléchie. Enfin, elle incite à la sobriété technique : encourager les solutions passives, les bonnes orientations et réduire le besoin de consommation et de recours à des systèmes énergétiques lourds et carbonés.
C’est un enjeu qui doit être compris et pris en main par toute la chaîne des métiers de la construction.
Dans cette feuille de route exigeante imposée par la RE2020, les fabricants de matériaux et d'équipements ne sont plus de simples fournisseurs, ils sont devenus les nouveaux arbitres de la conformité réglementaire. Sans leur mutation industrielle, aucun bâtiment ne peut obtenir son permis de construire.
Ils sont attendus sur la mise à disposition de fiches environnementales pour permettre la réalisation d’ACV au plus proche de la réalité terrain ; et sur l’innovation pour proposer des produits toujours plus décarbonés. Cette mutation a déjà commencé, les cimentiers cherchent à réduire toujours plus la part de clinker de leur produit, les fabricants d’isolants investissent le recyclage et l’intégration du biosourcé, les métallurgies s’impliquent également davantage dans les boucles de recyclage.
On notera que cette transition et la réalisation de données environnementales a un coût, qui est plus difficile à encaisser pour les petits fabricants. De plus, ceux qui réalisent les ACV restent inquiets de l’évolution lente de la base INIES et de la quantité de données qui y est disponible, qui peut sembler décorrélée des évolutions envisagées lors de l’établissement de la RE2020.
Le groupe de travail “communauté RE2020” du centre d’échanges et de ressources Ville Aménagement Durable (VAD) en Auvergne Rhône Alpes a réalisé un webinaire en mars 2026 sur le décryptage de la RE2020, ce qui change en 2026 et les bonnes pratiques. Il contient notamment des premiers retours sur des nouveaux usages concernés par la RE2020 en 2026, en s’appuyant sur des projets réels, ainsi que des analyses sur les indicateurs énergie qui n’ont pas fait l’objet de cet article. Vous pouvez les contacter pour accéder à ces ressources. Le groupe met aussi à disposition des adhérents des fiches de bonnes pratiques et d’aide à la conception par lot de la RE2020.
Le gouvernement mets à disposition des ressources pour mieux prendre en main la RE2020. On retrouve notamment des documents d’application pour les cas particuliers ainsi qu’une FAQ. Un formulaire de contact est également à disposition pour poser des questions ou faire remonter des retours d’expérience en vue de potentiels ajustements de la RE2020 dans l’avenir.
L’observatoire Vizcab qui a servi pour cet article est accessible gratuitement avec un compte Vizcab freemium. N’hésitez pas à passer sur notre site !